Par le secteur féministe d’Ecosocialistas/PSOL
« On me demande comment je suis arrivée ici
La vérité est que j’y ai toujours été »
(Territoire Ancestral – Kaê Guajajara)
INTRODUCTION
À l’occasion de nos premières élections en tant qu’écosocialistes, nous devons nous efforcer de présenter une base programmatique solide, que ce soit à travers les candidatures directement issues d’Ecosocialistas ou à travers les candidatures partenaires de notre courant.
Ce texte formule un programme féministe destiné à nourrir notre action électorale, un programme qui peut et doit être enrichi par nos différentes pratiques féministes.
Notre objectif est de porter des candidatures radicalement engagées pour mettre fin à toutes les formes d’exploitation, d’oppression et d’aliénation capitalistes.
LE PSOL ET SON RÔLE NÉCESSAIRE FACE AU MACHISME ET AUX VIOLENCES CONTRE LES FEMMES
Au Brésil, la culture machiste construite par le capitalisme patriarcal et par notre héritage colonial esclavagiste continue, aujourd’hui encore, de produire des taux élevés d’inégalité et de violence contre les corps socialement lus comme féminins, conséquence du manque d’équité dans de nombreux domaines. Chaque année, des centaines de femmes et de personnes LGBTQIAPN+ sont victimes de violences, la culpabilisation des victimes persiste encore dans de nombreux cas, l’avortement légal en cas de violence reste menacé, et la culture du viol continue d’être perpétrée. Nous étudions davantage, gagnons moins, travaillons énormément à la maison comme à l’extérieur, et pourtant nous restons largement sous-représentées en politique. Sur le marché du travail, nous occupons moins de postes de direction, tout en étant moins payées pour un travail équivalent. Il est urgent de changer cette réalité.
Ces inégalités s’inscrivent dans un contexte de forte polarisation politique, avec l’extrême droite néofasciste de l’autre côté. La combattre passe avant tout par la défense des droits des femmes. D’un côté, nous assistons à la montée d’un néofascisme portant sa vieille misogynie et son fondamentalisme religieux, désormais mis au service de nouveaux objectifs. De l’autre, les féministes, dans toute leur diversité, sont présentes dans les mouvements ruraux et urbains les plus variés, luttant pour la dignité et les droits. Si Bolsonaro a quitté le pouvoir, le projet de la droite conservatrice fasciste reste bien vivant — porté même par de nombreuses femmes qui utilisent la parité de genre pour faire avancer des projets allant à l’encontre des intérêts de 99 % des femmes.
Le PSOL est le parti qui s’est le plus mobilisé contre les violences machistes, LGBT+phobes, racistes et validistes, tout en donnant de la visibilité et de l’espace à la place croissante des femmes, dans toute leur diversité, en politique. Lors de ces élections, notre rôle ne sera pas différent. Nos candidatures doivent constituer des tranchées de résistance face à l’avancée de la droite conservatrice et fasciste, en mobilisant les femmes, les personnes LGBTQIAPN+, les populations noires, autochtones et quilombolas, en dialoguant avec la société dans son ensemble, en confrontant les idées et en semant une lutte féministe, antivalidiste, antiraciste, anti-LGBT+phobe, écosocialiste, de classe, anticapitaliste et révolutionnaire.
Il est essentiel que les candidatures et les mandats du PSOL travaillent à produire des changements réels dans la vie des femmes des villes, des campagnes et des forêts, dans toute la diversité de leurs existences et de leurs luttes. La présence du PSOL au sein des institutions doit dénoncer les limites de l’État capitaliste dans la garantie des droits des personnes opprimées et exploitées, et se faire la porte-parole des luttes des mouvements sociaux pour la conquête de ces droits.
Dans les luttes féministes, le PSOL doit défendre avec vigueur toutes les politiques qui avancent vers l’égalité de genre et le combat contre les violences machistes et LGBT+phobes. Mais il importe aussi de reconnaître que les luttes pour la terre, pour l’eau, pour le logement, contre les violences policières, les luttes antiracistes, autochtones et quilombolas, pour la santé et l’éducation publiques, les luttes pour le droit à la libre orientation sexuelle et à l’identité de genre en tant que droits humains et contre l’homo-lesbo-bi-transphobie, les luttes contre la précarisation croissante du travail et la perte de droits du travail (comme la réduction de la stabilité de l’emploi après le congé de maternité, l’assouplissement du droit à la crèche dans les entreprises de plus de 30 personnes salariées, l’augmentation de l’âge minimum de départ à la retraite — aggravée par la double journée de travail que subissent de nombreuses femmes, cumulant travail rémunéré et travail domestique et de soin des enfants et d’autres membres de la famille — et les difficultés d’accès au congé de maternité liées aux nouvelles formes de contractualisation comme le portage salarial forcé ou le travail intermittent), ainsi que tant d’autres, constituent des luttes fondamentales dans lesquelles les femmes occupent un rôle de premier plan, s’affirmant elles aussi comme des luttes féministes. Reconnaître cela est essentiel pour nous inscrire dans ces luttes et renforcer un féminisme radicalement puissant et divers, qui repositionne les féministes comme avant-garde de multiples luttes anticapitalistes, écosocialistes et, plus immédiatement, pour les droits.
Notre action en tant qu’écosocialistes doit s’appuyer sur un féminisme de classe, antiraciste, attentif aux particularités du Sud global et des économies périphériques, dans lequel les expériences des femmes dans toute leur diversité, ainsi que celles des personnes trans et travesties, sont mises en avant. Un féminisme écosocialiste, en dialogue avec les luttes écologistes féministes, avec les luttes du féminisme noir — à l’image de la lettre de la Marche des Femmes Noires pour la justice climatique lors de la Conférence des Parties (COP)30 — et avec le féminisme de la reproduction sociale, doit être capable de comprendre comment le genre, la race, la classe et l’ancrage territorial composent ensemble la synthèse des multiples déterminations à l’œuvre dans la crise climatique et civilisationnelle que nous traversons.
Nous ne parlons pas ici uniquement de sa facette la plus visible : le poids disproportionné qui pèse sur les communautés rurales confrontées au racisme environnemental face aux grands projets et aux crimes environnementaux soutenus par l’État néolibéral à visée extractiviste. Nous parlons aussi de la manière dont les femmes, et l’espace-temps de la reproduction sociale — représenté par le soin de la nature, des nouvelles générations et la production des biens nécessaires à la survie matérielle, spirituelle et affective — subissent une expropriation préalable, avant même les dommages environnementaux dont nous lisons les échos dans la presse. Ces femmes (et nous toutes et tous) perdent peu à peu leurs lieux, leurs territoires, leurs modes de vie et leur culture, perdant ainsi la possibilité même du bien-vivre.
Notre féminisme revendique l’héritage de Luisa Mahin, Thereza de Benguela, Esperança Garcia, Dandara dos Palmares, Aqualtune, Mariana Criola, Lélia Gonzalez, Angela Davis, Sojourner Truth, Claudia Jones et tant d’autres femmes noires qui se sont dressées contre le racisme et l’esclavage pour une vie émancipée. Nous revendiquons également Tybyra Tupinambá, Cassandra Rios, Marsha P. Johnson, Felipa de Souza, Xica Manicongo, Dandara dos Santos et tant d’autres personnes LGBTQIAPN+ qui ont lutté contre les violences LGBT+phobes et pour le droit d’exister. Nous revendiquons Flora Tristan, Clara Zetkin, Alexandra Kollontaï, Inessa Armand, Konkordia Samoïlova et tant d’autres qui ont uni la lutte féministe à la lutte révolutionnaire pour dépasser le capitalisme. Tuíra Kayapó, guerrière autochtone qui a stoppé pendant des années la construction du barrage de Belo Monte, machette à la main ; Margarida Alves, syndicaliste et travailleuse rurale ; Dilma Ferreira, assassinée dans le Pará après avoir dénoncé l’exploitation illégale du bois ; Nicinha, qui dénonçait les impacts environnementaux et sociaux du barrage hydroélectrique de Jirau sur le fleuve Madeira — ce sont des noms que nous rappelons pour revendiquer un féminisme populaire, ancré socialement aux côtés des secteurs les plus opprimés, qui ne renonce ni au renversement du capitalisme ni à la révolution.
L’oppression machiste a été utilisée et produite par le capitalisme comme l’un de ses piliers fondamentaux, main dans la main avec le mépris des droits humains. Maintenir les femmes opprimées et subordonnées permet de réduire les coûts de reproduction de la force de travail ; d’accroître l’exploitation et de tirer vers le bas les salaires de l’ensemble de la classe travailleuse ; de maintenir une division importante au sein de la classe, facilitant ainsi sa domination et son exploitation ; de garantir le maintien de la famille comme mécanisme essentiel d’assimilation de l’idéologie bourgeoise et patriarcale au sein des personnes opprimées ; et d’accentuer la déshumanisation et l’aliénation du prolétariat, réduisant ainsi sa conscience de classe et, par conséquent, sa capacité de révolte. S’engager dans la lutte pour l’égalité de genre, c’est s’engager dans la lutte pour l’écosocialisme et pour la liberté de tous les êtres humains. Sans féminisme, pas d’écosocialisme ; sans égalité, pas de liberté !
POLITIQUES PUBLIQUES ET ÉGALITÉ DE GENRE
Tout au long de l’histoire, les gouvernements capitalistes ont agi pour perpétuer les inégalités et les oppressions, et non pour les affaiblir, accordant ainsi peu d’attention à la garantie des droits des secteurs opprimés de la société, tels que la classe travailleuse et la paysannerie dans toute leur diversité — populations noires, autochtones, femmes et personnes LGBTQIAPN+. On peut dire que l’État capitaliste (l’État brésilien en particulier) a historiquement gouverné pour une minorité — une toute petite minorité —, investissant en général dans des politiques à caractère répressif et assistancialiste envers les secteurs opprimés et exploités. Nous devons comprendre que l’absence ou la rareté de politiques publiques pour ces secteurs constitue déjà en soi une politique publique visant leur soumission. C’est le cas, par exemple, des politiques publiques destinées aux femmes, comme en témoigne la forte responsabilisation des familles — et donc des femmes — en tant qu’instances de protection sociale.
Penser la disputation ou l’action politique sans prendre en compte les femmes, leurs besoins, les violences qu’elles subissent et leurs revendications spécifiques revient nécessairement à perpétuer une politique et un monde masculiniste et machiste. Penser et agir en politique exige de se demander : qui sont les femmes ? Comment vivent-elles ? De quoi ont-elles besoin ? Élaborer des politiques pour les femmes suppose : 1) de reconnaître la place qu’elles occupent dans la société en tant que principales, et souvent seules, responsables du soin et de la reproduction sociale, du fait du machisme structurel propre au capitalisme ; 2) de reconnaître que les femmes sont la cible de violences machistes, ce qui nécessite des politiques pour y faire face ; 3) de reconnaître que les femmes sont diverses, et qu’être blanche ou noire/non-blanche, cis ou trans, hétérosexuelle, lesbienne ou bisexuelle, jeune, adulte ou âgée, mère ou non, diplômée ou non, issue de la campagne ou de la ville, de la favela ou non, constitue une différence réelle, et que ces positionnements déterminent concrètement notre existence ; 4) de comprendre que la lutte contre le machisme exige et dépend d’une lutte menée conjointement avec l’écosocialisme et la révolution, en intégration avec les luttes antiracistes, LGBTQIAPN+, antivalidistes et écologiques, transformant la vie des hommes et des femmes (cis ou trans) au sein du capitalisme et vers son dépassement. Un monde d’écosocialisme et de liberté est un monde qui valorise et inclut la diversité et ses besoins.
Les politiques publiques peuvent contribuer à réduire les inégalités. D’abord, en reconnaissant que cette inégalité existe et qu’elle doit et peut être réduite ; ensuite, en intégrant la lutte contre l’inégalité de genre à l’agenda gouvernemental, aux côtés de la lutte contre les autres inégalités ; enfin, en identifiant comment et où ces inégalités se manifestent et quels en sont les impacts, afin de pouvoir planifier des stratégies d’action. L’identification concrète des formes que prennent les inégalités de genre permet de fixer des priorités d’action.
Mais il est également crucial, au-delà de ces actions ciblées, d’intégrer une lecture du genre à partir d’une perspective intersectionnelle, qui reconnaisse l’intersection entre classe, genre et race comme nécessaire à l’accumulation capitaliste. Développer un regard transversal dans l’ensemble des politiques sociales destinées au peuple est fondamental. Nous devons également prêter attention à l’augmentation des flux migratoires en provenance du Sud global et à la féminisation et à l’infantilisation croissantes de leur profil démographique, résultant de l’aggravation de la crise capitaliste et climatique, qui accentue la vulnérabilité des femmes et des enfants. Nous devons prendre en compte les barrières bureaucratiques, linguistiques et culturelles qui limitent l’accès de ces populations aux politiques sociales, ainsi que la précarité de leurs conditions de travail et de vie.
Nous considérons que les politiques publiques doivent constituer un espace privilégié dans la lutte contre l’inégalité de genre, car elles ont la capacité de s’articuler avec les autres sphères de la société et du gouvernement lui-même, permettant d’obtenir des gains substantiels pour l’amélioration de la vie des femmes. Il est important de ne pas concevoir les politiques publiques d’égalité de genre comme un compartiment isolé, sans lien avec les autres. Pour parvenir à une mise en œuvre efficace de ces politiques, une action est nécessaire dans de multiples sphères de la société : économie, environnement, agriculture, éducation, santé, citoyenneté, etc.
Élaborer des politiques publiques d’égalité de genre suppose de politiser les rapports sociaux et d’agir sur eux. Ainsi, penser des politiques pour les femmes et les personnes trans exige de comprendre comment se déroule la vie de ces personnes dans les différents espaces — au travail, dans l’éducation, dans les relations personnelles, etc. Cela requiert un regard attentif pour identifier les espaces sociaux où le machisme est ancré, et pour agir en vue de déconstruire l’inégalité de genre.
QUELQUES PISTES POSSIBLES
Nous présentons ci-dessous quelques idées et propositions accumulées, susceptibles d’être intégrées comme bases programmatiques pour les candidatures et les futurs mandats.
4.1. Démocratie et participation politique
La politique est l’un des espaces où nous restons encore les plus sous-représentées. Mais au-delà de la politique institutionnelle, il importe de proposer un autre type de politique : la politique collective. Il est donc essentiel de chercher à impliquer les femmes et les personnes LGBTQIAPN+ dans la construction politique. Il est fondamental de proposer des canaux de dialogue avec les femmes et les personnes LGBTQIAPN+, et d’élargir les espaces de participation politique populaire. Autrement dit, il ne suffit pas d’avoir des politiques pour les femmes, il faut aussi des politiques avec les femmes et les personnes LGBTQIAPN+, en leur permettant de décider elles-mêmes de leurs besoins.
La valorisation et l’élargissement des espaces de contrôle social (intervention de la société) dans les politiques sociales constituent une conquête historique inscrite par la Constitution de 1988, qui a défini des mécanismes de participation sociale dans l’élaboration, la gestion, le suivi et le contrôle des politiques publiques. « Rien sur nous sans nous ! » Il est donc important de garantir et d’élargir des espaces tels que les Conseils et les Conférences, avec une large participation féministe en particulier. Nous devons également travailler à créer des espaces politiques permettant aux secteurs opprimés de faire pression sur l’État capitaliste pour la garantie de leurs droits, tout en dénonçant les limites de celui-ci à cet égard. Dans notre action politique au sein des mandats, nous devons favoriser des espaces de démocratie radicale et populaire.
À cet égard, nous défendons :
– Des mandats participatifs, avec un canal direct de dialogue avec la population et les mouvements sociaux.
– La lutte pour garantir et élargir les espaces de démocratie populaire dans la prise de décision, permettant d’atteindre et d’impliquer les femmes et les personnes LGBTQIAPN+, à travers des Conférences, des Auditions Publiques et des cercles de discussion périodiques.
– L’intégration transversale des dimensions de genre, de race et d’orientation sexuelle dans les processus de planification, d’allocation des ressources et d’évaluation des politiques et des programmes.
4.2. Pour une vie sans violence
Chaque année, le Brésil continue d’afficher des chiffres alarmants de violences fondées sur le genre. Les cas de féminicides et de meurtres liés à la LGBT+phobie continuent de faire la une des journaux, touchant presque toujours des victimes noires et pauvres. Les politiques publiques peuvent et doivent intervenir pour garantir une société libérée des violences contre les femmes et les personnes LGBTQIAPN+. À cet égard, nous défendons :
– La lutte pour améliorer le réseau d’accueil des femmes en situation de violence et garantir l’application effective de la loi Maria da Penha, dans une perspective qui interroge le punitivisme et l’incarcération des populations noires — massivement composées, dans ce cas, de jeunes hommes —, en s’attaquant aux racines structurelles de la montée des violences et à l’absence d’action de l’État à cet égard.
– L’élargissement et l’amélioration de l’accueil spécialisé des femmes et des filles victimes de violence, en luttant contre la revictimisation à laquelle elles sont soumises dans les espaces institutionnels.
– La coordination entre les différentes sphères de gouvernement pour garantir des « Salles Lilas » et des commissariats spécialisés dans l’accueil des femmes dans toutes les localités, avec des équipes pluridisciplinaires composées de femmes, disponibles 24 heures sur 24.
– La défense de la formation du personnel de santé et de la police à l’accueil des femmes en situation de violence.
– Le renforcement et la création de programmes offrant une prise en charge intégrale des femmes victimes de violence, tels que les Centres Spécialisés d’Accueil pour Femmes victimes de violence (CEAM), garantissant une assistance juridique, médicale et psychologique.
– La lutte pour l’augmentation des budgets destinés à la création de « foyers d’accueil temporaire » pour les femmes en situation de violence domestique.
– La création de programmes de formation professionnelle pour les femmes et les personnes trans/travesties en situation de violence, afin qu’elles puissent construire leur autonomie financière face à l’agresseur — élément fondamental pour surmonter cette situation.
– La mise en œuvre de campagnes de lutte contre les violences machistes informant sur les droits (lois) et les dispositifs disponibles (commissariats, foyers d’accueil, programmes de qualification professionnelle, etc.) et sur l’accompagnement des victimes de violence.
– La création d’un programme centré sur les violences contre les filles et les adolescentes, en particulier celles victimes de violence domestique ou en situation de risque.
– L’application effective de la législation sur les violences faites aux femmes (avec les ressources nécessaires) — loi Maria da Penha — et l’effectivité du droit à l’avortement légal (article 128 du décret-loi n° 2848/1940, Code pénal).
– La création d’un cadre légal définissant comme infractions administratives les actes, par action ou par omission, de LGBT+phobie commis par des agents publics.
– La lutte contre les violences policières et pour le droit à la maternité et à la vie des familles noires, autochtones et des quartiers populaires. Les vies noires et autochtones comptent !
– La reconnaissance des familles de la population carcérale — majoritairement composées de mères, d’épouses et de filles — en tant qu’actrices essentielles de la revendication des droits humains pour les personnes incarcérées, et l’accès de ces familles aux politiques publiques qui renforcent leur action.
4.3. L’éducation contre les oppressions
Comme le disait Paulo Freire, l’éducation seule ne change pas la société, mais sans elle, la société ne change pas non plus. Un système d’éducation publique luttant contre les inégalités de genre est donc indispensable. Il est essentiel de garantir l’accès des femmes, de la population LGBTQIAPN+ et des enfants de la classe travailleuse à tous les niveaux d’enseignement, tout en interrogeant la manière dont l’éducation est structurée dans les écoles et les universités, en défendant une éducation non sexiste.
C’est pourquoi nous défendons :
– La lutte pour une éducation publique, laïque, étatique, gratuite, de qualité, socialement engagée, non sexiste, non raciste, anti-LGBT+phobe et écologique dans les réseaux publics.
– La lutte pour la valorisation de l’histoire et des droits des femmes dans les programmes scolaires, ainsi que la lutte contre les conceptions préjugées, LGBT+phobes et racistes du savoir, de l’éducation et de la société.
– La défense de la formation du personnel enseignant et éducatif à une conception égalitaire de l’éducation, intégrant le débat racial, de genre et de sexualité — c’est-à-dire sur le racisme, le machisme et la LGBT+phobie en milieu scolaire.
– La défense d’une éducation engagée pour la préservation de la vie et de l’environnement, reconnaissant et valorisant les savoirs ancestraux autochtones et afro-brésiliens.
– La lutte pour garantir des crèches et des espaces d’accueil pour enfants dans les universités, et pour la formulation d’autres politiques de maintien à l’université pour les mères étudiantes, adossées au budget de l’éducation publique.
– La défense de la mise en place de quotas pour les personnes trans/travesties dans l’enseignement supérieur.
– La défense d’hôpitaux universitaires 100 % publics, gratuits et gérés par les universités elles-mêmes, avec développement de la recherche et de la prise en charge de la santé des femmes et des personnes LGBTQIAPN+, incluant la mise en place de services ambulatoires pour les personnes trans au sein des hôpitaux universitaires.
– La lutte pour des politiques de soutien à la production scientifique menée par des femmes et portant sur les femmes, adossées au budget de la science et de la technologie.
– La lutte pour un modèle éducatif créatif, émancipateur et libertaire, orienté vers une formation valorisant la diversité et luttant contre toute violence liée au genre et à l’orientation sexuelle.
4.4. Santé
L’accès à la santé doit être un droit garanti pour l’ensemble de la population, sans exception. Le Système unique de santé (SUS), conquête de la classe travailleuse brésilienne, doit être renforcé et défendu, tout en devenant toujours plus démocratique afin de garantir l’accès à la santé pour la population dans toute sa diversité, en assurant des politiques de prise en charge des femmes et des personnes trans/travesties. Les coupes budgétaires successives dans le financement du SUS pèsent lourdement sur la santé de milliers de femmes et de personnes LGBTQIAPN+.
C’est pourquoi nous défendons :
– Un SUS fort, public, universel et démocratique, avec une gestion publique mise en œuvre à tous les niveaux, la garantie de l’application des politiques d’équité et le renforcement des instances de contrôle social, avec investissement, recrutement par concours public et sans sous-traitance.
– Une allocation budgétaire spécifique pour les politiques de santé destinées aux populations spécifiques, telles que : la santé des femmes, la santé des populations noires, des personnes LGBTQIAPN+, des populations autochtones, des personnes migrantes et réfugiées, entre autres.
– La défense du renforcement de la recherche scientifique des universités publiques brésiliennes dans le domaine de la santé, et de son intégration avec le SUS et les hôpitaux universitaires des universités publiques.
– La lutte pour la légalisation de l’avortement, en l’abordant comme un enjeu de santé publique. Garantir la possibilité de recourir à l’avortement dans les cas prévus par la loi (viol et risque pour la santé de la femme) et défendre la légalisation de l’avortement dans tous les cas. Lutter pour la justice reproductive en tenant compte de ses dimensions raciales et de classe.
– La production de politiques publiques contre les violences obstétricales, largement pratiquées contre les femmes noires, autochtones et les personnes enceintes. Collecter des données sur les hystérectomies (ablation de l’utérus) réalisées sans consentement ou avec une faible indication médicale, ainsi que sur d’autres violences pratiquées pendant le suivi prénatal, l’accouchement et le post-partum contre les femmes et les personnes trans au sein du système de santé.
– La garantie de la mise en œuvre effective du principe d’équité au sein du SUS, afin d’assurer un modèle d’accompagnement qui reconnaisse les spécificités des différents groupes de population, tels que : les populations noires, LGBTQIAPN+, autochtones, quilombolas, riveraines, migrantes et réfugiées, entre autres.
– La reconnaissance de l’identité de genre des femmes trans, des personnes travesties, des hommes trans et des personnes non binaires, avec l’accompagnement de santé nécessaire pour ces personnes, notamment la garantie du nom d’usage dans les systèmes d’information et d’enregistrement, la formation des équipes de santé à l’accompagnement des personnes LGBTQIAPN+, et l’élargissement des services d’accompagnement du parcours de transition au sein du SUS.
– La lutte pour garantir et élargir les droits sexuels et reproductifs des femmes et des autres corps enceintes, durement attaqués par les blocs conservateurs du Congrès national.
– Le soutien à la création de politiques publiques de planification reproductive incluant les personnes LGBTQIAPN+ et le respect des différents modèles familiaux.
– La mise en place de protocoles de référence dans tous les centres de santé ruraux permettant d’identifier les contaminations aux pesticides, majoritairement signalées par les femmes (mères, épouses et filles) concernant la santé de leur famille.
– La garantie de l’accès à l’information sur les politiques de santé et d’aide sociale pour les personnes LGBTQIAPN+, à travers des campagnes de santé globale les incitant à prendre soin de leur santé.
– L’augmentation de l’investissement dans les campagnes et programmes de prévention du VIH/sida et des autres IST, et la facilitation de l’accès aux médicaments nécessaires à un traitement adéquat via le SUS.
– La lutte pour l’élargissement de la levée des brevets sur les médicaments contrôlés par les grandes entreprises pharmaceutiques, afin de les produire au Brésil à faible coût, au bénéfice de la population et en allégeant la charge financière du SUS.
4.5. Création d’emplois et de revenus (lutte contre la pauvreté)
Les études montrent que, malgré une insertion plus profonde des femmes dans l’emploi formel au cours des dernières décennies, la majorité des femmes et des personnes LGBTQIAPN+ demeurent en dehors du marché formel — et donc éloignées de droits du travail tels que la retraite, le treizième mois, le congé de maternité et autres, tout en supportant le coût de la conciliation entre travail rémunéré et tâches domestiques. Elles gagnent également moins que les hommes cis, connaissent un taux de chômage plus élevé et restent exposées au harcèlement moral, au manque de reconnaissance des métiers dits « féminins » et à d’autres formes de difficultés.
Il est donc essentiel de :
– Investir dans la formation de la main-d’œuvre féminine, afin de favoriser l’entrée de davantage de femmes sur le marché formel et de contribuer à l’augmentation des rémunérations dans les postes déjà occupés par des femmes.
– Garantir l’égalité salariale pour les femmes. Il demeure aujourd’hui courant que, pour un même travail, les salaires diffèrent entre femmes et hommes cis. Lutter contre l’inégalité raciale des salaires. C’est pourquoi nous défendons le principe « à travail égal, salaire égal ».
– Agir pour éliminer l’accès différencié à l’usage et au contrôle des ressources productives (travail, terre, capital, information, nouvelles technologies, ressources naturelles, etc.).
– Lutter pour l’égalisation des congés de maternité et de paternité, et pour la reconnaissance des familles homoparentales et des personnes trans dans l’accès à ces congés.
– Défendre la construction de laveries publiques, l’élargissement des espaces communautaires de garde d’enfants, des restaurants publics, des crèches et d’autres services visant à alléger la charge du travail reproductif domestique.
– Lutter pour mettre fin à la répression des vendeuses et vendeurs ambulants dans les villes, majoritairement des femmes noires, et garantir leur dignité.
– Garantir des aides pour la garde d’enfants aux personnes enceintes et, lorsque cela est possible, des crèches sur les lieux de travail.
– Garantir, lorsque cela est possible, que les femmes, les personnes non binaires et les hommes trans ayant des enfants bénéficient d’une priorité, lors du recrutement par concours dans la fonction publique, pour le choix du lieu et des horaires de travail.
– Militer pour l’obligation de l’égalité salariale et pour des quotas de genre dans les postes de direction de la fonction publique.
4.6. Femmes et nature
L’urgence climatique provoquée par les processus destructeurs du capitalisme sur l’environnement met en danger la vie de nous toutes et tous, mais plus particulièrement celle des femmes travailleuses, paysannes, noires et autochtones, ainsi que des communautés traditionnelles. Dans les villes, les femmes luttent pour assurer le bien-être de leurs familles face aux inondations, au manque d’eau, à la chaleur extrême et à la hausse du coût des aliments. À la campagne, les femmes affrontent la sécheresse, les pesticides et l’offensive du capital contre les terres de l’agriculture familiale. Dans les communautés riveraines, la sécheresse et la pollution des fleuves causées par l’exploitation minière sont devenues une menace pour la vie. Dans les forêts, l’avancée de la déforestation, des monocultures transgéniques et des incendies met en péril la vie des personnes et des animaux. À cela s’ajoute la violence avec laquelle la classe dominante agresse les peuples et les territoires autochtones et quilombolas, cherchant à les exterminer et à occuper leurs terres. La crise capitaliste avance à travers de nouvelles expropriations et la mise en péril de la reproduction sociale et de la vie elle-même. Dans tous ces biomes et communautés, les femmes se lèvent pour lutter, occupant des rôles de premier plan dans ces combats.
Agir sur ce front est essentiel. C’est pourquoi nous proposons :
– De favoriser les débats locaux avec les femmes pêcheuses, autochtones, quilombolas, forestières et rurales en général, sur les lois et politiques publiques utiles à chaque territoire — à l’image de la loi du Babassu Libre, qui garantit aux femmes l’accès aux zones de babaçu, même situées sur des propriétés privées.
– De lutter pour l’allocation budgétaire et pour des espaces de politiques publiques dédiés au renforcement de l’agriculture familiale, au développement de l’agroécologie, de la permaculture, de la production d’aliments biologiques accessibles à la population, parmi d’autres initiatives visant une production populaire d’aliments sains. Favoriser les partenariats entre les mouvements sociaux paysans (comme le MST et le MPA) et les gouvernements pour l’approvisionnement des cantines scolaires. Renforcer les jardins communautaires dans les villes. Défendre une réforme agraire populaire.
– De lutter pour l’interdiction du glyphosate et d’autres pesticides dont les effets nocifs sur la santé sont avérés. Lutter contre les organismes génétiquement modifiés et garantir des politiques favorisant la création de banques de semences populaires et communautaires.
– De défendre la création de plans d’atténuation des effets de la crise climatique dans les villes, le développement de solutions architecturales face aux pluies, la garantie de l’accès à l’eau et l’attention portée aux quartiers populaires et périphéries dans les programmes de prévention des catastrophes environnementales. Non au racisme environnemental.
– De faire pression pour renforcer le contrôle (et les sanctions) contre l’invasion des terres quilombolas et autochtones, ainsi que des réserves environnementales et des parcs. Lutter contre la déforestation et l’exploitation minière illégales.
– De garantir que, dans les zones touchées par de grands projets, les évaluations d’impact environnemental — préalables et postérieures — intègrent une dimension de genre, en tenant compte également de leurs impacts sur la vie des femmes.
– De renforcer les études et les politiques publiques sur la santé mentale des populations affectées par les barrages et les grands chantiers.
– De favoriser les occupations urbaines menées par des mères célibataires, au motif qu’elles donnent notamment une fonction sociale à des constructions déjà existantes, plutôt que de générer une demande supplémentaire pour les entreprises du bâtiment et les producteurs de ciment, de gravier, de chaux, de cuivre, etc.
– De rendre visibles les femmes collectrices de matériaux recyclables, en situation de vulnérabilité sociale, au regard du service essentiel qu’elles rendent par le recyclage.
– De renforcer les mouvements autochtone, noir, quilombola, paysan, riverain, des personnes affectées par les barrages, des collecteurs et collectrices de matériaux recyclables, environnemental et tous ceux qui se joignent à la défense de la nature et de la vie face aux offensives du capital.
« Peut-être que, plutôt que de chercher une inclusion dans ces normes qui nous violentent historiquement, nous pouvons être fières de participer, oui, à la destruction de certains modes d’existence qui n’admettent pas la multiplicité. En comprenant que, pour des personnes profondément blessées par les violences coloniales, l’une des formes de défense peut être précisément de tenter de resignifier l’idée de famille, de dieu, de respect et de responsabilité — et c’est là un chemin possible. Mais nous ne devons pas non plus oublier que renoncer à investir dans ces mêmes systèmes, créer d’autres mots, d’autres sens, constitue également une possibilité. Une partie du travail de décolonisation consiste précisément à ne plus attribuer une essence préalable aux structures organisées au nom de dieu, de la famille, au nom du bien — car c’est justement cette croyance qui nous pousse à les reproduire. Je souligne ce point pour rappeler que tout ne doit pas être resignifié ; peut-être existe-t-il des systèmes qui méritent véritablement d’être détruits. »
(Décoloniser les affects – Geni Nunez)